Barbablog

Numérique et politique. J'écris bien ce que je veux.

“Le problème avec la liberté d'expression c'est qu'elle est plus souvent utilisée par les cons que par les autres.”

#aphorisme #reseauxsociaux #twitter

Normandie, dehors, 2°, barbecue.

Grillades

#photo, #grillades

YouTube m'affiche des publicités pour complémentaires santé de vieux avec comme délicieux slogan : “Je ne suis pas senior, je suis Françoise”.

Youtube me considère donc comme comme un vieux. Ce qui est très vexant car j’ai encore plus de 20 ans à travailler avant de bénéficier d’une retraite inexistante.

Je rentre dans le grand espace fédéré et décentralisé du fédiverse sous l'identité @barbayellow@blog.byl.fr.

Dans son billet, The Prodigual Tech Bro, Maria Farell décrit le parcours des grands cadres de la tech qui décident un beau jour de s'engager pour le bien commun en dénonçant les excès de leur précédent employeur, bien souvent une entreprise vivant de l'exploitation des données personnelles de ses utilisateurs.

Travaillant dans le domaine des libertés numériques depuis plus de 10 ans, j'ai eu l'occasion de croiser quelques fils prodigues de la tech. Leur discours – aussi sincère soit-il – m'a toujours laissé un arrière goût amer difficile à expliquer. Maria Farrel le décrit avec des mots justes. Je les partage ici en publiant une version française de son billet.

The prodigal techbro

Par Maria Farell, publié en anglais sur Tehconversionalist. Maria Farell travaille sur la gouvernance de l’Internet et défend la net neutralité depuis plus de 10 ans.

Le cadre de la tech devenu social justice warrior est célébré comme un héros qui dit la vérité. Il y a cependant quelque chose d'un peu trop lisse dans ce récit parfait.

Il y a quelques mois, j'ai été contacté par un cadre supérieur qui était sur le point de quitter une entreprise de marketing. Il m'a contacté parce que je travaille depuis longtemps dans la tech, côté non profit, avec beaucoup de bénévolat effectué dans le domaine du numérique et des droits de l'homme. Il voulait “donner en retour”. Pourrais-je le mettre en contact avec des militants des libertés numériques ? Bien sûr. Nous nous sommes rencontrés autour d'un café et je lui ai partagé une partie de mon réseau. C'était une conversation tout à fait agréable avec un individu tout aussi agréable. Peut-être qu'il œuvrera pour le bien commun et partagera son expertise avec celles et ceux qui travaillent à préserver la démocratie et nos vies privées des machines de capitalisme de surveillance de ses anciens employeurs. Les raisons que j'ai trouvées pour lui apporter mon aide sont les suivantes : premièrement, c'est bien d'être gentil ; et deuxièmement, les grands mouvements sont composés de personnes qui partent d'endroits très différents et qui convergent vers une destination commune. Et n'est-ce pas une très belle chose lorsqu'un insider décide de faire ce qui est juste, même si sa décision est tardive ?

Le retour du fils prodigue est une parabole du Nouveau Testament qui parle de deux fils. L'un d'eux reste à la maison pour travailler à la ferme. L'autre récupère son héritage et le dilapide au jeu. Lorsque le joueur rentre à la maison, son père abat le veau pour fêter son retour, laissant le frère vertueux et travailleur se plaindre que toutes ces années, il n'a même pas reçu une petite chèvre à partager avec ses amis. Son père lui répond que le fils prodigue “était mort, maintenant il est vivant ; perdu, il s'est désormais retrouvé”. C'est une histoire touchante de rédemption porteuse d'un aléa moral énorme. Il est en effet question de rentrer à la maison, de s'excuser, d'être joyeusement pardonné et de tout recommencer comme avant. La plupart d'entre nous rêveraient de pouvoir vivre cette situation mais peu en auront la chance.

Le retour du fils prodigue de la tech est une histoire similaire, celle de cadres de l'industrie de la tech qui vivent une sorte de réveil mystique. Ils considèrent un beau matin que leurs anciens employeurs sont des êtres toxiques et s'auto décrètent experts pour dompter les géants de la tech. Ils étaient perdus, ils se sont retrouvés. Ils sont alors chaleureusement accueillis à la maison et placés au centre de notre discours et de nos actions avec des invitations à écrire des articles pour de grands journaux, des financements pour monter des think tank, des deal de livres et des conférences TED. Ces mecs – et oui, ce sont tous des mecs – sont généralement réfléchis et bien intentionnés, et je leur souhaite de réussir. Mais je me demande pourquoi ils attirent autant d'attention et pourquoi ils se voient attribuer autant de ressources et de visibilité alors que les unes et l'autre si si difficile à obtenir en temps normal, et pourquoi on leur donne non seulement une deuxième chance, mais aussi les habits de l'expertise et de l'autorité morale.

Je suis heureux que Roger McNamee, le premier investisseur de Facebook, ait témoigné devant le Congrès américain du quasi-silence intéressé de Facebook sur son rôle sur la propagation de la désinformation russe lors de l'élection présidentielle de 2016. Je suis ravie que l'ancien “responsable éthique du design” chez Google, Tristan Harris, “la chose la plus proche d'une conscience de la Silicon Valley”, dirige désormais un Centre pour “une technologie humaine” expose les astuces pour pirater le cerveau des utilisateurs de son ancien employeur. J'ai même parlé – de manière critique mais, je l'espère, chaleureuse – lors du lancement du livre de James Williams, un autre ex-Googler devenu évangéliste, qui a cofondé le Center for Humane technology qui travaille sur la crise d'attention du numérique. Je leur souhaite bonne chance pour leurs projets. Je souhaite également que les nombreux militants épuisés qui n'ont pas pris d'argent chez Google ou Facebook puissent avoir ne serait-ce qu'un quart de l'attention, du statut et de l'autorité que le fils prodigue de la tech estime être comme son droit inné.

Aujourd'hui, alors que l'opinion publique sur les GAFAM est enfin en train d'évoluer, les frères (et sœurs) qui ont travaillé dur dans ce domaine toutes ces années ne font pas partie de la fête. Pas de veau gras pour vous, mes chers militants des libertés numériques inemployables. L'aléa moral est clair : pourquoi faire ce qu'il faut dès le départ alors qu'on peut prendre l'argent, s'amuser, et quand le vent tourne, recycler son statut et sa (relative) fortune, se lancer dans le plaidoyer et démarrer une toute nouvelle carrière ?

En une demi-heure seulement, en parcourant mes contacts, j'ai trouvé une demi-douzaine d'amis et de connaissances qui n'ont pas eu besoin de leur “chemin de Damas” pour voir ce qui n'allait pas avec la Big Tech ou la façon dont les gouvernements en abusent. Nighat Dad dirige la Digital Rights Foundation ayu Pakistan, qui défend la liberté d'expression en ligne et la vie privée des femmes, des minorités et des dissidents. Ça c'est du courage. Gus Hosein travaille dans le domaine de la technologie et des droits de l'homme depuis plus de 20 ans. Il dirige Privacy International, une ONG basée au Royaume-Uni, et est l'un des penseurs les plus visionnaires que je connaisse. Bianca Wylie a fondé l'Open Data Institute de Toronto, géré par des bénévoles, et travaille sur les données ouvertes, la vie privée et l'engagement civique. C'est la “Jane Jacobs de l'âge des smart cities”. Elle a joué un rôle essentiel comme lanceuse d'alerte face au mastodonte d'Alphabet, le Sidewalk Labs à Toronto. Aral Balkan dirige la Small Technology Foundation et travaille à la fois sur les outils et les politiques permettant de résister au capitalisme de surveillance. N'ayant pas peur d'être impopulaire, même auprès d'autres militants, Aral Balkan a fortement tapé sur les organisations de défense des libertés numériques qui ont accepté les financements des GAFAM tout en critiquant leurs pratiques. Dans les Balkans, Hvale Vale travaille sans relâche pour les droits des femmes, les droits sexuels et les possibilités pratiques et politiques d'évoluer vers un Internet plus féministe. Robin Gross, une avocate californienne spécialisée dans la propriété intellectuelle, aurait pu mettre sa persévérance et sa fougue au service de grandes sociétés de divertissement, mais au lieu de cela, elle travaille depuis des décennies contre l'extrémisme des droits d'auteur qui étouffe la créativité des artistes et ne fait rien pour augmenter leurs revenus. J'aimerais entendre leurs voix et pas (seulement) celles de ceux qui ont mis plus de 10 ans à voir ce qui était pourri au royaume de GAFAM.

L'ancien lobbyiste de Google, Ross Lajeunesse, a quitté l'entreprise en 2019 à cause de la censure du moteur de recherche en Chine et à cause de pratiques de travail homophobes, sexistes et racistes. Il se présente aujourd'hui comme candidat démocrate au Sénat et a récemment écrit un classique du genre “j'ai ouvert les yeux”, intitulé “J'étais le responsable des relations internationales de Google”. Voici pourquoi je suis parti” sur le thème “La devise de la société était autrefois “Ne soyez pas mauvais”. Les choses ont changé”.

Vraiment ? Google a-t-il vraiment changé ? M. Lajeunesse a rejoint Google en 2008, pendant les années d'évasion fiscale, de pratiques sexistes et d'attaques contre la vie privée. Il a continué à y travailler pendant les années d'amendes antitrust, d'utilisation abusive des données de santé, d'entente illégale sur les salaires et de pressions financières sur les think tanks. Google n'a pas changé. Il a juste commencé à traiter les gens en internes comme il traitait déjà les personnes et organisations en externe. Cela ne ressemble à un changement radical que si vous n'avez jamais trop réfléchi à ce que vous faites et à qui vous le faites.

Cent mille personnes travaillent pour Google/Alphabet ; certaines d'entre elles ont beaucoup plus de pouvoir que d'autres. La question n'est pas de savoir si Lajeunesse est coupable ou non des actes de l'entreprise qu'il a représenté – en tant que principal lobbyiste en Asie pendant plusieurs années – mais plutôt de comprendre pourquoi de toutes les personnes qui ont passé la décennie 2010-20 à travailler infatiguablement à dénoncer et combattre le monopole de cette entreprise et ses attaques contre la vie privée mondiale, c'est l'ex-lobbyiste qui retient toute notre attention maintenant.

Nous avons tous droit à une seconde chance. Même si nous n'avons pas besoin d'un nouveau départ nous même, nous voulons vivre dans un monde où les gens ont la possibilité de le faire. Mais la rédemption du fils prodigue de la tech est si rapide et si lisse qu'il n'y a presque aucun obstacle sur sa route. C'est parce que nous avons oublié la partie la plus importante de l'histoire du fils prodigue, celle où il touche le fond. Dans la parabole originale, le fils prodigue se réveille dans une porcherie, mourant de faim, et se rend compte que les serviteurs de son père vivent désormais mieux que lui. Il se décide à rentrer chez lui, à l'endroit et auprès de ceux pour qui il n'avait aucun respect avant. Il suppliera d'être l'un des serviteurs de son père. Il accepte sa déchéance et la perte totale de son statut. Mais au lieu de réprimander et de punir son fils prodigue, son père l'accueille avec joie et entame la séance d'excuses par une grande fête. C'est une très bonne métaphore savoir comment diriger une religion, mais une piètre façon de diriger tout le reste.

Les histoires des fils prodigues de la tech passent directement du passé, quand ils faisaient partie de quelque chose qui – surprise – s'est avéré être mauvais, au présent, où ils deviennent une espèce d'autorité morale sur comment faire le bien, mais sautent les moments transitoires de révélation et de remords. La partie où vous dites que vous vous êtes trompé et que des gens ont été blessés ? C'est la partie la plus importante. C'est pourquoi ces réinventions corporate semblent si superficielles minuscules et pourquoi tant de commentaires sur l'article moisi de Lajeunesse dans Medium étaient critiques. Le voyage semble factice. Les “J'étais perdu mais maintenant je me suis trouvé, venez à ma conférence TED” passent à côté de la partie principale du voyage, et pourtant ils se réclament de l'autorité morale de celui qui “a été là” mais en est revenu. C'est une machine à se téléporter, mais pour l'éthique.

(Alors que nous pensons aux parties soigneusement oubliées de l'histoire du fils prodigue de la tech, attardons-nous un instant sur la suppression des histoires entières de tant de femmes et de personnes de couleur qui ont à peine eu une première chance dans la Silicon Valley).

La seule chose plus assimilable que le froid argent liquide est le privilège. Lorsqu'il ouvre les yeux”, le fils prodigue de la tech ne renonce pas tant au statut élevé (et au salaire) qui était le sien dans sa précédente vie. Il le monnaye dans un un nouveau secteur qui valorise sa réputation. Il ne rejoint pas la résistance. Il lance un nouveau type de start-up et utilise ses contacts dans l'industrie pour obtenir des fonds en échange d'un certain greenwashig.

Et alors ? Bien sûr, c'est un peu agaçant, mais où est le mal ?

Autoriser ceux qui sont (en partie) responsables de notre dystopie technologique à garder le contrôle sur la façon dont ils réécrivent l'histoire signifie que nous n'arrivons jamais à comprendre comment et pourquoi nous sommes arrivés là. Mettre au centre de l'attention les gens qui étaient employés par les GAFAM avant et qui prétendent aujourd'hui être des outsiders ne va pas faire pas avancer le dossier de la responsabilités des compagnies de big tech. Cela ne fera que renforcer la dynamique toxique de cette industrie selon laquelle certaines personnes valent plus que d'autres, que le pouvoir est sa propre justification.

Le fils prodigue de la tech ne veut pas de changement structurel. Il réaffirme, il ne révolutionne rien. Il est un fervent supporter du statu quo selon lequel il faudrait restaurer les intentions initiales des fondateurs des grosses sociétés de Big Tech. Bien sûr, nous nous sommes trompés sur certains points, dit-il, mais c'est parce que nous étions trop optimistes / nous avons agi trop vite / nous avons un esprit de croissance. Il suffit de remettre les ingénieurs aux commandes / de se recentrer sur la mission initiale / de sortir le marketing de l'équation. Le gouvernement “doit passer à la vitesse supérieure”, mais juste assez pour uniformiser les règles. Parce que le fils prodigue de la tech est un type modéré, centriste et régulier. Bon sang, c'est un démocrate. Et ceux qui disent depuis des années ce que lui vous raconte aujourd'hui ? Ce sont des fauteurs de troubles, des outsiders aigris obsédés par les scandale. Il comprend pourquoi vous les avez ignorés. Lui aussi les a ignorés. Il sait que vous voulez améliorer la situation. Mais c'est “compliqué”. Il faut être “nuancé”. Il sait que vous l'écouterez. Mec, il est pareil que toi…

Je revois la fréquence à laquelle j'aide des hommes qui ont bien réussi et qui s'intéressent soudainement à mes idées et à mon carnet d'adresses. C'est ridicule de voir combien de “je leur souhaite vraiment bonne chance” j'ai supprimé de cet article, mais je leur souhaite vraiment bonne chance, tout en réalisant que je les aide parce qu'ils le demandent, ou parce que d'autres personnes le demandent pour eux. Et ce café, ce networking, ces présentations, cette conférence que j'ai donnée et toute l'attention et les soins que je leur donne devraient plutôt être destinés aux militants que je connais et auxquels je tiens, mais qui n'auraient jamais osé me demander quoi que ce soit. Parfois, la fille prodigue a aussi ses regrets.

Si vous êtes un fils prodigue de la tech, rendez-nous service à tous et, comme le dit Rebecca Solnit, aidez-nous à “baisser le son de ceux qui ont toujours été écouté” :

  • Travaillez. Familiarisez-vous avec les recherches et ce que nous avons déjà essayé, sur votre temps libre. Rejoignez les organisations de défense des libertés numériques qui travaillent à limiter les dégâts de vos anciens employeurs et – c'est la clé – asseyez-vous tranquillement au fond et écoutez.
  • Utilisez vos privilèges et votre statut, ainsi que les 80 % de votre réseau qui vous parlent encore, pour aider à les militants et activistes qui sont dans les tranchées depuis des années – en particulier les femmes et les personnes de couleur. Dites “merci mais non merci” à cette invitation et transmettez la à quelqu'un qui a fait le travail et qui en a payé le prix.
  • Comprenez que si vous faites cela pour la prochaine étape de votre carrière, vous le faites mal. Si vous faites cela pour justifier les noms des entreprises toxiques qu'on trouve sur votre CV, vous le faites mal. Si vous le faites parce que vous voulez “rendre la pareille”, vous le faites mal.

Faites-le uniquement parce que vous reconnaissez et pouvez dire à haute voix que vous ne “donnez pas en retour”, que vous vous rachetez pour avoir déjà pris beaucoup, beaucoup trop.

#Gafam #Parabole #Politique #Google #Facebook #Microsoft #Amazon #Apple

Susan Fowler connaît  bien la Silicon Valley. Après avoir passé un an chez Uber, elle a démissionné et publié un article retentissant sur le sexisme et la “bro culture” qui régnaient au sein de l'entreprise. Elle publie aujourd'hui une tribune sur la gig economy [1],  également appelée hypocritement “économie du partage”, dont les start-up de la Silicon Valley sont les pourvoyeuses et les championnes les plus zélées.

La gig economy applique les méthodes de l'ingénierie logicielle au monde du travail : diviser en de multiples tâche une activité afin de la rationaliser au maximum. Elle se caractérise par le fait qu'il n'y a pas d'emploi mais uniquement des tâches ultra-spécialisées : livrer un plat, effectuer une course, garder des animaux, etc. Elle doit son nom au mot “gig” qui veut dire concert, les musiciens étant payés à la tâche, au concert, et non dans le cadre d'un contrat sur le long terme.

La gig economy permet à des jeunes boutonneux sortis d'école de commerce de se faire de la thune le cul sur une chaise à taper du code ou à remplir des tableurs excel pendant qu'une armée de petites mains se crève le cul à pédaler pour aller livrer des plats chauds, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, à des “utilisateurs finaux”, ces êtres étranges qui n'ont plus le temps ou plus le courage de sortir pour acheter trois légumes et un bout de pain.

Le véritable problème avec la  gig economy ce n'est pas tellement qu'elle crée des armées d'obèses fainéants, c'est surtout qu'elle détruit des emplois classiques, chauffeurs, livreurs, ainsi que les systèmes de protection sociale et de mutualisation des risques qui va avec.

Aux États Unis, on estime que 34% des emplois relèvent de la gig economy. Comme les américains sont toujours en avance d'une connerie sur le vieux continent, on peut aisément imaginer que la part de petits boulots distribués par des plate-formes créées par des boutonneux d'école de commerce ne va faire qu'augmenter en France et en Europe dans les années à venir. Le nombre de cycliste deliveroo ou de chauffeur uber dans les rues des grandes villes de France en atteste :  la gig economy n'est pas une mode, c'est une tendance.

Aujourd'hui seuls les emplois peu qualifiés sont touchés. C'est un problème de pauvre. Donc ça va. Si t'as fait des études, pas de quoi flipper. Pourtant Susan Fowler nous avertit : si des ingénieurs sont capables de diviser en de multiples tâches un emploi de chauffeur ou de livreur pourquoi ne sauraient-ils pas le faire avec des emplois plus qualifiés tels que manager ou même développeur ?

The risk, we agreed, is that the gig economy will become the only economy.

Le  risque est que l'économie des petits boulots devienne la seule économie

Dans une prise de conscience tardive, les boutonneux de la Silicon Valley s'écrient donc en chœur avec Susan Fowler : “Qu'avons nous fait ? Nous a avons créé un monstre”.

Sans déconner.

À lire : “What Have We Done?”: Silicon Valley Engineers Fear They've Created a Monster | Vanity Fair

  1. littéralement l'économie des petits boulots

#GigEconomy #Politique #Uber #Vautours

Avec quelques amis, nous sommes en train de monter un projet (notre projeeeeet) autour de la sécurité et des libertés numériques. Dans ce cadre là, j'ai assisté à une conférence sur le Darknet organisée par l'UNESCO. C'était un scandale.

Cette conférence était symptomatique de la déconnexion des institutions internationales avec des sujets certes pointus mais qui concernent nos libertés et pas uniquement numériques. L'utilisation du Darknet permet de protéger sa vie privée, son anonymat et de contourner la censure. Il est donc question ici de liberté d'information et de liberté d'expression. Quitte à organiser une conférence sur un sujet, il eut été heureux qu'une institution comme l'UNESCO se soit renseignée un peu plus.

J'entends les arguments de ceux qui disent que de toute façon, l'UNESCO est déconnectée et ne sert pas à grand chose, sinon à inscrire des châteaux ou des sites naturels au patrimoine mondial de l'humanité. Mais entre ne pas servir à grand chose et être nuisible, il me semble que sur le sujet du Darknet, l'UNESCO a franchi le pas.

Des outils comme Tor (un “darknet”) sont indispensables dans certains pays pour accéder à des sites censurés. Présenter le darknet comme un repaire de criminels dans une enceinte internationale, c'est apporter sur un plateau d'argent des arguments à tous les pays qui souhaiteraient interdire ces moyens de contournement de la censure. Ce genre de discours est particulièrement mal venu au moment où des pays comme l'Égypte redoublent d'efforts pour censurer Internet avec aujourd'hui pas moins de 424 sites bloqués. Organiser une conférence sur le darknet avec un tel biais relève soit de l'ignorance soit de la bêtise. Espérons que ce soit de l'ignorance car c'est encore réparable.

Récit de la conférence sur nothing2hide : À l'UNESCO : le Darknet, l'arme du crime.

::: {.section .wp-block-cover-image .has-background-dim style=“background-image:url(https://blog.barbayellow.com/i/2017/09/darknet-iceberg.jpg)"}  À l'UNESCO : le Darknet, l'arme du crime


:::

#darknet #Deepweb #Internet #Nimportenawak #nothing2hide #Sécurité #Tor

Après 5 années passées à animer des formations à la sécurité numérique, lancer des actions de plaidoyers, publier des communiqués et des rapports sur la censure et la surveillance en ligne, je quitte Reporters sans frontières. Sur Internet, le constat est sans appel : les libertés numériques ont largement reculé.

Coups de vis des gouvernements

Je suis arrivé chez RSF en 2010. En France, Hadopi pointait le bout de son nez. C'était LA mauvaise loi sur Internet, LA loi à abattre. Elle a valu à la France de se retrouver dans la catégorie « pays sous surveillance » du rapport 2011 Ennemis d'Internet. Pourtant, au regard des lois votées récemment, Hadopi, c'était du pipi de chat. Nous avons assisté ces deux dernières années à la prise de contrôle d'Internet par le politique. Le gouvernement et les députés n'ont pas ménagé leurs efforts puisqu'en deux ans, trois grandes et mauvaises lois concernant Internet ont été votées : la loi de programmation militaire, la loi terrorisme et la loi renseignement. Désormais, en France, sur Internet, on surveille, on censure.

Ce constat vaut pour la France  mais aussi pour la plupart des pays du monde. Que ce soit en Russie, où depuis le retour de Poutine en 2012, les lois permettant de bloquer les sites se sont accumulées avec des motifs toujours plus larges, ou en Turquie, où on estime à plus de 30 000 le nombre de sites bloqués. Au Vietnam, en Chine, au Pakistan, en Iran... Dans le monde entier, ces dernières années ont vu un renforcement législatif net dont l'objectif est la lutte contre la cybercriminalité, le terrorisme et le pédonazisme, le contrôle d'Internet.

Par acquis de conscience, je me dois de citer le cas de la Chine. Ce pays qui dispose de l'arsenal de censure le plus sophistiqué au monde : la Grande muraille électronique (ou Great Firewall of China). La Chine, qu'on imaginait difficilement aller plus loin en matière d'outils de contrôle, a réussi à surprendre tout le monde avec le Grand canon. Grâce à cet espèce de générateur d'attaque Ddos géant, les autorités chinoises peuvent maintenant bloquer un site non plus uniquement pour les internautes situés en Chine mais pour les internautes dans le monde entier. On n'arrête pas le progrès, même en terme de censure.

Cette reprise en main des gouvernements sur le réseau va de pair avec l'essor de l'industrie de la surveillance et notamment des sociétés telles que Hacking Team [1], Amesys, Gamma, BlueCoat, ou Qosmos, lesquelles vendent à prix d'or leurs logiciels espions. S'il y a un compartiment dans lequel le bilan de ces 5 ans est le moins négatif, c'est celui-ci. Même s'il reste beaucoup de chemin à parcourir, les récentes évolutions de la Commission européenne vont venir mettre un peu d'ordre dans la vente et les exportations de ces outils. Je ne cite pas Google dans l'industrie de la surveillance car ce ne serait pas juste de les mettre à côté des Hacking team & co, mais l'évolution de cette société, sa taille, son rôle, son influence est assez effrayante elle aussi. <teasing>Plus là-dessus dans un prochain billet</teasing>

Gouvernance d'Internet : cocasse

Le tableau ne serait pas complet si je n'évoquais pas la Gouvernance d'Internet. Internet étant un espace sans frontières, les instances internationales telles que l'ONU ont créé des forums réunissant les gouvernements, les entreprises et la société civile, pour discuter des règles et lois à élaborer concernant  Internet. C'est cocasse puis que c'est à Tunis, lors du Sommet mondial de la société de l'information de 2005, dans la Tunisie de Ben Ali, qu'a été formalisé ce principe de discussion tripartite pour la gouvernance d'Internet. C'est aussi là-bas qu'est né l'Internet Governance Forum (IGF), un rassemblement annuel au cours duquel, États, entreprise et société civile se réunissent pour discuter.

Petite anecdote sur l'IGF : j'ai eu l'occasion d'assister en septembre 2014 à l'IGF d'Istanbul, en Turquie. La règle lors des ateliers conférences et débats, était de ne nommer aucun gouvernement, entreprise ou personne publique, afin de ne pas envenimer les discussiosn. C'est une règle onusienne parait-il. Septembre 2014, là aussi c'est cocasse puisque c'est le moment qu'a choisi Recep Tayyip Erdogan, premier ministre turc pendant 10 ans puis président, pour renforcer les pouvoirs de surveillance de la TIB et de la MIT, les 2 bras armés de la censure et de la surveillance d'Internet en Turquie. Ce qui est encore plus cocasse, c'est que la règle étant de ne mentionner aucun pays, chef d'État ou société à l'IGF, (presque) personne n'a évoqué cette situation lors de l'IGF. Par contre, on nous a assuré que la connexion Internet à l'intérieur de l'enceinte de l'IGF n'était pas censurée. Belle victoire pour l'ONU et la gouvernance d'Internet.

Pour rajouter  à la cocassitude, précisons que le forum précédent s'est déroulé à Baku, en Azerbaïdjan.

Un pessimisme joyeux

Je me suis forgé un pessimisme joyeux chez RSF. Car au final, ces cinq dernière années :

  • les États ont mis sacré coup de vis aux libertés sur Internet ;
  • les instances internationales n'ont pas encore fait preuve d'assez de maturité pour préserver celles-ci ;
  • ainsi que sont venus le rappeler la Chine et son Grand canon, l'imagination et les moyens des censeurs sont sans limites.

La bonne nouvelle est qu'en face, l'imagination des hacktivistes est elle aussi sans limite. Si la Chine a sorti son Grand canon, c'est parce qu'une poignée d'hacktivistes a trouvé un moyen de contourner la Grande muraille de Chine, moyen largement relayé et utilisé par RSF.

Lorsque l'IGF interdisait de nommer entreprises ou gouvernements, RSF ne s'est pas gênée pour citer les sociétés ennemis d'Internet et distribuer des flyers sur la TIB et la MIT sur place — ce qui nous a valu de nous faire expulser de l'enceinte.

Lorsqu'on travaille dans une ONG, on est conscient qu'un communiqué de presse ou un rapport sur la censure en Chine ne suffiront pas à faire plier les autorités. Mais on y va quand même. On publie, on ennuie, on titille, on exaspère. On maintient la pression. Et peut-être qu'un jour nous disons-nous, à force de titillage, de naming and shaming, de trouage de Firewall, peut-être qu'un jour la situation s'améliorera. Ou peut-être pas. Mais on est sûr d'une chose : si on ne fait rien, rien ne changera. Alors on continue. Joyeusement.

Big up à l'équipe de RSF !

L'économie du partage serait donc un truc super où tout le monde trouverait son compte : le client, le consommateur et l'entremetteur. Devenir chauffeur Uber ou prêter sa maison à des inconnus ne serait donc pas un choix subi mais un choix conscient, parce que ça rapporte un peu et que ça fait du lien social.

C'est exactement ce que démonte l'article du New-York Times The Sharing Economy Isn’t About Trust, It’s About Desperation, chiffres à l'appui.

En 2008, aux États Unis, la Mecque de l'économie du partage, le nombre d'emplois à temps partiel a explosé. Il a même dépassé le nombre d'emplois à plein temps. Au même moment, les petits et moyens salaires ont régressé. Et comme par hasard, Uber, Airbnb, Lyft et tous les services d'économie du partage se sont développés à ce moment précis. De là à dire que la crise économique a créé un contexte favorable l'apparition de services type Uber ou Airbnb qui permettent de mettre du beurre dans les épinards, il n'y a qu'un pas que le NYT franchit allègrement.

Lorsqu'on sait que Airbnb est une entreprise valorisée aujourd'hui à 10 milliards de dollars et sa croissance a été favorisée par un contexte économique dégradé, on peut aller plus loin et affirmer que les Uber Airbnb Lyft & co ne participent pas d'une hypothétique économie du partage mais bel et bien d'une véritable économie de vautours.

The Sharing Economy Isn’t About Trust, It’s About Desperation

Photo de Travis Kalanick vautour par Adrian Korte, licence Creative Commons.

#Airbnb #économie #Lyft #Nimportenawak #Uber #Vautours