Mozilla, le naufrage

Mozilla se voit amputée d'une bonne partie de ses ressources par son concurrent direct, Google. La fondation annonce dans la foulée le licenciement de 250 de ses salariés.

*Edit 23/09/2020 : Mozilla a failli se faire amputer une bonne partie de ses ressources par Google. Si la faisabilité d'un accord entre Mozilla et Google était remise en question au début de l'été lors de l'annonce des licenciements par Mozilla, selon The Verge celui ci sera bel et bien renouvelé à l'automne.*

La fondation qui a accumulé les errements stratégique ces 10 dernières années présente la décision de licencier 250 salariés comme un changement assumé pour mieux rebondir avec tout le bullshit managérial qui va avec. Rien que le titre du billet est digne des cours de marketing de l'ESSEC : “Changing World, Changing Mozilla” ou pour les non anglophones : “Le monde change, Mozilla aussi”. À situation exceptionnelle, titre exceptionnel.

La fondation Mozilla est avant tout connue pour être l'éditeur du navigateur Firefox. Mozilla a cependant de nombreuses autres activités : R&D, plaidoyer, soutien de projets innovants et militants avec le financement de fellowships et de bourses , organisation de festivals autour des libertés numériques, et bien d'autres choses encore. Tous ces projets ont pour objectif de servir la mission que la fondation s'est fixée : “s’assurer qu’Internet demeure une ressource publique, ouverte et accessible à tous. Un Internet qui défende le bien commun, où les individus ont un impact, sont en sécurité et sont indépendants”. Mission mise à mal par le manque de vision de la fondation qui n'a pas su préparer l'avenir et s'est reposée sur les lauriers de son produit phare, Firefox.

Firefox a longtemps été la vache à lait de Mozilla : un produit qui rapporte beaucoup avec peu d'efforts et d'énergie engagées (il faut nuancer pour être juste, dernièrement Mozilla a beaucoup investi sur Firefox, mais trop tard). Pendant des années, Firefox a rapporté des millions de dollars à Mozilla grâce à un mécanisme d'affiliation proposé aux géants du web : je mets ton moteur de recherche par défaut dans mon navigateur et tu me paies au prorata du nombre d'utilisateurs que je te rapporte. Cette stratégie simple et brillante a marché... un temps. Mozilla a en effet commis l'erreur de travailler avec Google. Non pas que ce soit un problème pour une fondation qui déclare défendre la vie privée de recevoir des financements d'une multinationale dont l'exploitation des données personnelles constitue la principale source de revenus, ça c'est juste un problème éthique, on met un petit mouchoir dessus et on passe à autre chose ; non le problème de Mozilla c'est que Google, son principal partenaire est devenu son principal concurrent.

{.wp-image-10284}

Pendant toutes ces longues années où Mozilla a ramené du trafic et des utilisateurs à Google avec Firefox , Google travaillait – même pas en secret – à la création et l'amélioration de son propre navigateur, Chrome. Chrome est aujourd'hui largement devant Firefox en nombre d'utilisateurs. Résultat, Google n'a plus besoin de Firefox et est désormais en position de force pour négocier avec Mozilla.

Google a accepté de renouveler son accord pendant 3 ans. Celui-ci rapporterait entre 400 et 450 millions de dollars par an à Mozilla. Probablement bien moins que les années précédentes puisque Mozilla a été contraint de licencier 250 personnes dont une bonne partie de l'équipe qui travaillait sur Firefox. Et c'est l'effet boule de neige : plus de développeurs, plus de produit innovant, moins d'utilisateurs, moins de marge de négociation pour l'affiliation. Voilà comment on tue un concurrent.

Google n'est pas le seul ogre dans l'histoire. L'équipe dirigeante de Mozilla et sa stratégie hasardeuse lui ont largement facilité la tache. La fondation a lancé ces 10 dernières années de nombreux projets qu'elle a arrêté aussi sec engloutissant au passage plusieurs millions de dollars. Le meilleur exemple de ce gâchis de temps, d'argent et d'énergie est Firefox OS, un OS mobile léger et ouvert, dans la droite ligne du mandat de la fondation, abandonné quelques années après avoir été lancé car – et c'était l'explication du top management de Mozilla de l'époque – l'avance prise par Google et Apple sur les systèmes Mobiles étaient trop importante. Résultat, le projet – heureusement sous licence libre – a été récupéré par une société commerciale, KaiOs, qui fait désormais un carton en Inde.

Plutôt que de suivre les cours de bullshit marketing de l'ESSEC, le top management de Mozilla aurait mieux fait de suivre ceux sur le business développement. Ça aurait fait 250 chômeurs de moins.

#Gafam #Google #Internet #Mozilla