La chasse aux fakenews : fausse bonne idée

La chasse aux Fakenews, que ce soit à coup de labellisation ou de loi est vouée à l'échec. Le problème principal n’est pas les Fakenews mais leur véhicule.

Lutter contre les fakenews, un énorme FAIL

Beaucoup de choses ont déjà été tentées pour lutter contre les Fakenews, sans succès. L'étiquetage des contenus des plateformes a plutôt tendance à renforcer les logiques complotistes. Ainsi, Facebook Meta lui même a établi que le marquage des Fakenews produit plus de défiance qu'autre chose. De même, la Journalist Trust Initiative, un projet porté par Reporters Sans Frontières, l'AFP et le Global Editors Network, dont l'objectif est de créer des normes sur la transparence et la fabrication de l'information pour in fine labelliser des médias, est lui aussi voué à l'échec. Tout comme la loi de 2018 contre les fausses informations qui a réussi l'exploit d’être non seulement inefficace mais aussi dangereuse ainsi que l’explique Olivier Ertzscheid dans son article Fifty Shades of Fake. Le jour des fous et des mensonges. Et les 364 autres :

Ce que nous savons de l'actuel projet de loi, (…) va mettre un gouvernement en situation de museler des organes de presse en temps d'élection dans ce qui reste quand même, ne leur en déplaise, une putain de démocratie. En l'état de ce qu'on connaît du projet de loi, Sarkozy pourrait saisir un juge des référés pour empêcher les révélations de Mediapart sur le financement de sa campagne (par exemple hein...). Ou plus récemment François Fillon aurait pu étouffer pépouze l'affaire Pénélope au même motif de Fake News en temps d'élection (par exemple toujours hein...).

Oui mais, qu'est-ce qu'on fait ?

Ni la Journalist Trust Initiative ni la loi anti fakenews ne s'attaquent à la racine du problème. Les fakenews appelées en d’autres temps propagande, rumeurs, désinformation, ou hoax, ont toujours existées. Ce qui change avec Internet, ce n’est pas leur nature mais leur mode de diffusion.

Le problème réside dans les architectures même des  plateformes des Gafam qui par leur centralisation et leur modèle économique favorisent la diffusion virale des fausses informations. Plus de clics, que ce soit sur des vraies ou de fausses informations, au final pour Facebook et consorts, c’est toujours plus d’infos sur leurs utilisateurs. Et c’est de ça dont vivent toutes les plateformes : les données de leurs utilisateurs.

Plutôt que de légiférer, d'interdire ou de créer un label “info certifiée”, Olivier Ertzscheid propose une stratégie en trois actes :

  1. lutter contre l'architecture viciées des plateformes qui vivent de la diffusion des fakenews,

  2. lutter contre la surveillance et l'accumulation de données personnelles comme modèle économique, également appelé capitalisme de surveillance,

  3. investir massivement dans l'éducation.

Plus globalement ce qui est en cause ici c'est l'explosion circonstancielle ou délibérée de nos cadres collectifs d'énonciation, d'éducation et d'entendement. Et des repères mémoriels qu'ils contribuent à construire, à préserver et à expliciter. Et à ce titre lutter contre les architectures techniques toxiques doit être une priorité. Une priorité absolue. En profiter pour lutter pied à pied contre chaque nouvelle avancée du capitalisme de la surveillance doit en être une autre. Et plus que tout, par-dessus et au-delà de tout, il nous faut investir massivement dans l'éducation. La mémoire collective construite par l'éducation comme rempart aux contre-vérités individuelles instruites par des logiques marchandes se déployant au sein d'architectures techniques toxiques. Le combat est celui-là. Et aucun autre.

À lire : affordance.info: Fifty Shades of Fake. Le jour des fous et des mensonges. Et les 364 autres.

#CapitalismeDeSurveillance #Facebook #Meta #Gafam #Fakenews

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