Le fact-checking, solution miracle pour lutter contre la désinformation ?

Depuis quelques mois les figures les plus médiatiques du fact-checking, Julien Pain (Vrai ou Fake), Rudy Reichstadt (Conspiracy Watch) ou Tristan Mendes France sont sérieusement agressés par les antivax et autres conspifafs. Un cap a été franchi lors d'un récent meeting de Florian Phillipot au cours duquel ce dernier s'en est pris nommément à Julien Pain. Les fact-checkeurs ne font pourtant que présenter des faits objectifs sans a priori politique. Alors comment en est-on arrivés à un tel niveau de détestation ?

La stratégie de l'échec

La stratégie des fact-checkeurs consiste à démonter les fausses informations mais de bien souvent manière verticale et sans créer de réel espace de discussion. À ce titre, le documentaire de France Info Désinformation, la contagion est un exemple éclairant de cette stratégie et de son échec.

Désinformation, la contagion a pour ambition de retracer l'évolution du phénomène des fakenews en France. Il dresse un état des lieux des théories complotistes, leurs origines, leurs vecteurs de diffusion et leur relais médiatiques, de Di Vizio à Richard Boutry en passant par Francis Lalanne et TPMP. C'est factuel. Ce qui est plutôt normal pour des fact-checkeurs. Malheureusement le documentaire – qu'à titre personnel j'attendais avec une grande curiosité – n'aborde pas le sujet en profondeur, à savoir les raisons pour lesquelles tant de gens adhèrent aux théories complotistes et pourquoi la défiance envers les médias et tout ce qui s'approche de près ou de loin d'une organisation officielle a tant augmenté.

Au final, et on l'observe à la lecture des commentaires, ce documentaire ne fait que conforter chaque camp dans ses positions. Celles et ceux qui croient à la théorie type Grand Reset (théorie selon laquelle le Covid serait un épouvantail destiné à vacciner l'ensemble de la population mondiale pour mieux la contrôler) sont confrontés à un contre narratif diffusé par un média dit dominant, la télévision, réalisés par des personnes en position de “sachant”, les journalistes, qui leur explique qu'ils ne sont qu'une bande d'idiots qui écoutent des idiots en chef encore plus idiots. Les conditions d'un dialogue ne sont pas vraiment réunies.

Parler à tout le monde mais pas de n'importe où

Plutôt que d'asséner une histoire du complotisme sur un média vertical tel que la télévision, il serait plus intéressant d'organiser des discussions entre fact-checkeurs et complotistes convaincus en mettant tout le monde sur un pied d'égalité. Ainsi un autre dispositif contre productif chez Vrai ou Fake – mais on le retrouve dans d'autres dispositifs de fact-checking chez La tête au carré par exemple – c'est le dialogue au cœur de l'action avec des manifestants. On peut en voir quelques exemples ici, , ou encore . Une fois filmées les interviews sont contextualisées et commentées, sans aucune contradiction possible. Les interviewés passent alors au yeux de centaines de milliers de personnes soit pour idiots soit pour des héros, selon le camp dans lequel on se situe. Ce dispositif asymétrique est contre productif.

Ce n'est pas si surprenant. En 2019, d'après le sondage « baromètre de la confiance politique » du CEVIPOF, seuls 25 % des sondés indiquaient faire confiance aux médias. Le fact checking “vertical” ne fait que convaincre les convaincus, 25% donc, et surtout ne fait que jeter de l'huile sur le feu.

La lutte contre la désinformation n'est pas un problème que les journalistes sont en mesure de résoudre seuls et certainement pas à coup de fact-checking. Seule la coopération entre plateformes qui en sont de larges vecteurs, citoyens, associations chercheurs et journalistes permettra permet de lutter efficacement contre ce fléau de la désinformation. La désinformation, c'est l'affaire de tous.

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