La trilogie Star Wars, allégorie de l'évolution du web en trois actes

L'évolution du web en 20 ans et en trois actes : de l'espoir des années 2000 aux sombres années de la montée des Gafam jusqu'au renouveau avec l'arrivée du fédiverse.

Acte 1 : A new hope

Les blogs, c’est l’avenir

Quelqu’un en 2006

Au début des années 2000, beaucoup de jeunes CSP+ travaillant dans le web rêvaient du Grand Jour où tout le monde aurait son propre blog. Chacun se serait aurait exprimé librement sur son journal en ligne, et tout le monde aurait eu la possibilité de répondre dans les commentaires, ou mieux, par blogs interposés, le tout créant une gigantesque conversation en ligne indexée à coup de web sémantique et de microformats.

C’était le temps du fameux « les blogs démarrent des conversations » répété à l’envie par le blogueur entrepreneur de droite Loïc Lemeur, aujourd’hui tombé dans le même oubli que son slogan. C’était l’utopie d’un web décentralisé.

Acte 2 : The Empire Strikes Back

Facebook a mis fin à cette utopie. Créé en 2004, le réseau social a balayé en quelques années tous ses concurrents. Tout ce dont on avait besoin pour s’exprimer en ligne, c’était une adresse mail. Une fois son compte Facebook créé, on pouvait s’adresser à une large audience sans avoir à fouiller dans un annuaire de blogs ou un moteur de recherche. Les conversations sont devenues des statuts et les commentaires des likes. Facebook nous apportait des contenus, des amis et une audience sans avoir à faire le moindre effort. La promesse de Facebook était alors « même si tu n’as rien à dire, tout le monde peut t’entendre ».

Avec 2,1 milliards de comptes Facebook est aujourd’hui le réseau social comptant le plus grand nombre d’utilisateurs. Cette succes story est représentative de l’évolution du web ces 20 dernières années : une hyper centralisation au profit de quelques grandes sociétés privées, GAFAM en occident, BATX en Chine. Pour comprendre l'ampleur de ce phénomène, il faut garder en tête qu'en 2019 Google et Facebook possédaient 8 des 10 services les plus utilisés sur Internet (Facebook, Whatsapp, Gmail, Instagram, Google, Chrome, YouTube, Google Maps) et 70% du trafic mondial transitait par leurs serveurs.

Il semblerait que malgré problèmes liés à cette hyper centralisation, modèle économique nauséabond, violation de la vie privée, désinformation et atteintes à la démocratie, les Facebook, Google & co soient là pour durer. La promesse originelle du web, un individu, une page, une adresse, semble morte et enterrée depuis la fin des blogs.

Acte 3 : Return Of The Jedi

Mais il y a de l’espoir. Il y a bien sûr les réseaux sociaux alternatifs, type diaspora, ello, gnunet, mastodon, peertube. Cependant, ces alternatives ne sont que des îlots séparés les uns des autres qui n’atteindront jamais le nombre d'utilisateurs d'un Facebook.

C’est pour cette raison que certains parmi ces services ont cherché à devenir interopérables et à pouvoir parler les uns avec les autres. Dès 2008, le réseau social libre identi.ca a créé un protocole de communication fédéré, OStatus. Celui-ci a été intégré par d’autres réseaux sociaux, Friendica et Hubzilla, eux aussi reposant sur des logiciels libres.

Il est important de préciser que toutes ces alternatives qui ont pour objectif commun de redonner la main aux citoyens sont toutes basées sur des logiciels libres, libre pas comme dans « c’est gratuit », mais libre comme dans liberté d’expression.

En 2018, tout s’accélère : le W3C présente le protocole ActivityPub, aussitôt adopté par le réseau Mastodon qui connaît un succès – sinon fracassant du moins honorable – comparé aux premiers réseaux sociaux alternatifs. Aujourd’hui, l’ensemble de ces services communiquent ensemble. Avec un compte Mastodon, je peux communiquer avec tous les utilisateurs de Friendica, hubzilla ou peertube. Précision importante : n’importe qui peut créer et héberger une instance Mastodon, hubzilla, Friendica ou Peertube puisque – encore une fois – ces services sont basés sur des logiciels libres.

Cet univers ouvert et fédéré est désigné par le mot valise « Fédiverse ». C’est selon moi le mouvement le plus enthousiasmant sur le web de ces 10 dernières années.

Tellement enthousiasmant que j'ai moi-même lâché WordPress pour WriteFreely, un moteur de blog fédéré. Le logiciel n’en est qu’à sa version 0.12 mais les fonctionnalités de fédération sont déjà très prometteuses. Tout auteur utilisant WriteFreely se voit créé automatiquement un espace sur le fédiverse et chaque billet est publié automatiquement sur ce compte. Il est possible de mentionner n’importe quel utilisateur du fédiverse dans un article et d’entamer ainsi une conversation avec l’ensemble des utilisateurs de ce réseau de plateforme fédérées.

Ce ne sont que les débuts des plateformes de publication fédérées. On peut aller beaucoup plus loin et imaginer utiliser ces fonctionnalités de fédération de manière asynchrones pour palier à des problèmes de connectivité ou de censure.

Les blogs fédérés, c’est l’avenir

Quelqu’un en 2018

#GAFAM #Décentralisation #SmallWeb #Fediverse